La honte, la boue et la morve

Dans le monde du coaching, et peut-être plus largement de l’entreprenariat, il existe une forme d’injonction à être son propre produit, son meilleur client.

Cette injonction incite à vouloir avoir une vie parfaite et la mettre en avant comme preuve sociale de réussite : "viens travailler avec moi, regarde, mes outils sont tellement puissants que j’ai cette vie géniale".

La réalité, c’est que tout accompagnant que nous soyons, nous en restons tous humains, et si j’écris cet article, c’est surtout pour te dire que JE reste humaine parmi les autres. Donc non, ma vie n’est pas parfaite, parfaite aux yeux de qui, selon quels critères d’ailleurs ?

Je n’ai pas la même vision du luxe que la tendance actuelle : donc tu ne verras pas trop de paillettes, de belles chambres d’hôtel et de coupes de champagne dans mon univers : mon luxe est ailleurs.

Et oui, je me prends les pieds dans le tapis parfois.

Oui, j’ai encore des période d’errance...et pour tout te dire, j’ai l’impression de sortir d’une longue période nébuleuse.



J’explore


Et pour explorer, je mets les doigts dans la glaise, les genoux dans la poussière. J’accepte d’aller regarder là où c’est moche, là où ça pue. Je connais le gout des larmes et de la morve. Parfois j’y vais avec beaucoup de conscience et je suis capable d’observer, d’autre fois je dérape et je plonge.

J’explore mes émotions, j’explore mes valeurs aussi et ça, c’est souvent incompris. Je vais loin, je remets beaucoup de choses en question, j’interroge mes constructions, ce que la société appelle "normal" et je teste. Et je peux être maladroite. J’explore et lorsque les personnes autour de moi ne comprennent pas, elles peuvent être blessées.

J’ai perdu quelqu’un que j’aimais dans cette exploration, j’ai sûrement blessé et c’est douloureux.


Ma vie est imparfaite


Je n’ai pas des relations parfaites avec les gens autour de moi. Il y a encore certaines relations chargées émotionnellement. Je crois que c’est le travail d’une vie parfois, et c’est OK. Je ne peux pas prétendre avoir fait la paix avec mes vieux démons, avec ma famille, ce serait te mentir. J’ai gagné en conscience, je soigne couche après couche et toutes mes relations ne sont pas parfaites.


J’ai eu un comportement boulimique pendant des années, j’ai suivi une longue thérapie qui m’a aidé et l’alimentation reste encore une béquille, quand tout est trop fort, trop intense. Oui, je mange encore parfois mes émotions. Oui, j’en ai encore honte parfois. D’autre fois, c’est ok, d’autre fois j’ai de la gratitude envers cette béquille : la bouffe m’a sauvé la vie, j’en suis de plus en plus convaincue, elle m’a aidé à traverser des moments insupportables.

Je ne mange pas tout le temps de manière hyper équilibrée, hyper éthique. C’est ma tendance principale et des fois, je fais des gros écarts, et parfois, ça part carrément en vrille. Est-ce que tu peux me croiser chez Mac Do ? Oui, rarement, et la réponse est quand même oui.


Non, je n’ai pas ce corps parfait. J’ai appris à l’aimer comme il est ces derniers mois. Ça a été un sacré chemin. Est-ce qu’il ressemble au standard féminin de minceur et de pleine santé ? Non. Mon corps m’envoie encore des signaux de douleurs qui me poussent à explorer encore plus mon monde intérieur, à la fois psychique et physique : creuser, essayer de comprendre, tester, tomber, réessayer.

En ce moment vois-tu je me traîne un mal de dos par exemple qui limite pas mal de choses, je me fais soigner, il revient...j’accepte que mon corps me transmet un message, que j’ai quelque chose à travailler encore, à comprendre. Est-ce que j’accepte en étant toujours dans la gratitude, tel un moine bouddhiste ? Soit assuré.e que non !! Je ressens de la frustration, de la colère, de la limitation...et je suis consciente que j’ai quelque chose à apprendre de cette situation. Tu vois le fait d’avoir des symptômes physiques est pour moi la preuve de mon désalignement dans certains domaines de ma vie.